Interview de Jo-Anne McArthur, photojournaliste activiste.

Bonjour à tous !

Vous ne le savez peut-être pas, mais je vis en Allemagne. Il y a trois mois, c’est Sébastien Kardinal, le roi de la french porn-food, qui faisait la Une. Il tient d’ailleurs avec sa compagne le site VG Zone, un indispensable pour les véganes parisiens ! Par manque de temps, je n’avais pas pu la traduire et poster l’article. J’ai contacté l’intéressé, sait-on jamais, on pourra peut être la retrouver !

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Des fois que vous ayez des doutes sur ce que je dis 😉

Dans le dernier numéro, j’ai découvert  Jo-Anne McArthur, journaliste photographe,  grande amoureuse des animaux et activiste très engagée dans la lutte pour la libération animale. Je voudrais partager cette découverte avec vous. Ses photos sont magnifiques, et montrent les animaux d’une façon très differente de ce que l’on a l’habitude de voir. Elles m’ont beaucoup touchées.
Grand merci à Melvin, auteur du site VeganLife pour la traduction ! 

Interview Jo-Anne McArthur
Version originale : Vegan Magazin
Toutes les photos sont issues de son site internet
Envie d’en savoir plus ? Plus d’infos sur Jo-Anne sur son wiki anglais

 

Vous avez mené des enquêtes dans des fermes à fourrure et dans des abattoirs. À quoi ressemble véritablement votre travail?

Les gens ne voient que le résultat final de mon travail, mais pas tous les défis et les tentatives que celui-ci représente. Nous devons faire face à toutes sortes de situations, comme des portes fermées et l’impossibilité d’entrer dans un endroit, ou encore, parfois, nous devons nous enfuir rapidement. Je n’aime pas mentir aux gens ni tourner autour du pot. Je préférerai faire tout mon travail honnêtement, sans ambiguïté et en plein jour, mais ceci est rarement envisageable pour les personnes comme moi qui souhaitent exposer la cruauté devenue institution. Nous devons donc travailler la nuit et accomplir une tâche épuisante, douloureuse et agaçante; nous prenons en photo des animaux, pour ensuite les laisser derrière nous. Fermer la porte et s’en aller ainsi est la partie la plus difficile de notre travail.

Pourquoi?


Nous sommes ici parce que la cause animale nous importe, et la dernière chose que nous voudrions faire est de les laisser derrière nous. Mais notre objectif est seulement de documenter les gens afin d’exposer la cruauté.

Quelle est la partie la plus difficile à supporter dans votre travail? 


Ce qui peut être très difficile, c’est de supporter tout ce que l’on voit afin de prendre les photos nécessaires, sans être tenter de partir. Être dans abattoir peut être vraiment difficile à surmonter, et je ne peux pas vraiment expliquer ce que je ressens vraiment par rapport à ce que je peux y voir. Ces animaux regardent partout autour d’eux dans l’espoir de trouver un échappatoire. Ils ont besoin d’aide. Et je ne peux pas les aider.

 Comment gérez-vous la violence dont vous êtes témoin à travers votre travail?

J’ai appris à la gérer après des années de pratique. J’ai suivi une thérapie qui m’a aidé à m’adapter à ce genre de situation. Nous pourrions sans doute tous nous sentir terriblement mal chaque jour à cause de ce qui se passe dans le monde, tant pour la planète que pour les animaux. Mais cet état d’esprit me rend finalement paresseux et improductif. Tous les jours, je choisis de vivre avec espoir et de me concentrer sur le fait de changer les choses et sur les bonnes personnes autour de moi. C’est le mieux que je puisse faire.

 Y a-t-il quelques situations où il vous était impossible de prendre des photos?

Oui, la semaine dernière, lorsque je n’ai pas pu pénétrer dans une grange – les portes étaient fermées! Cependant, en général, je parviens toujours à trouver un moyen d’entrer et/ou de prendre des photos. Dans des zoos par exemple, il y a souvent des obstacles, comme des parois épaisses de plexiglas toutes rayées, ou encore des barrières en tout genre. Être photographe veut aussi dire se montrer créatif devant les obstacles que l’on peut rencontrer. Ou, pour donner un autre exemple, photographier les interactions des gens (ou le manque d’interaction plutôt) avec les animaux n’est pas toujours évident. C’est un thème récurrent dans mon travail.

 Donc votre travail n’a pas pour seul sujet les animaux?

C’est véritablement une étude sociologique sur notre rapport avec les animaux. Notre manque d’esprit critique sur ce monde. Les humains dans les zoos prennent des photos et selfies, complètement absorbés par le fait qu’il y ait un animal majestueux devant eux. Ils sont tous à côté d’animaux, sans vraiment les voir.

 

 Vous êtes parvenu à documenter des abattoirs et des animaux en train de souffrir et de mourir. Avons-nous réellement besoin de ce genre d’images, selon vous?

 

Oui nous avons besoin, mais je préfère ne pas les mettre en valeur trop souvent. Les gens doivent davantage faire leur propre recherche à ce sujet. Voir la violence aussi près de soi ainsi peut être très traumatisant, et cela peut même braquer certaines personnes. Nous devons faire le contact entre l’animal et nos yeux via ces photos, même s’ils sont tout près de la mort. Cependant, il semblerait que les gens soient plus affectés par des histoires positives que par des images plus ou moins choquantes.

 Quel type(s) d’images fait le plus changer les gens?

Les gens sont davantage inspirés par des célébrités, qui sont presque héroïques pour certaines personnes. C’est pourquoi je me concentre également sur des activistes autour du globe, et plus tard, sur les femmes dans la défense des animaux. Ce projet est appelé « Unbound ». Je fais cela parce que j’ai pu rencontré des personnes comme DR Jane Goodall. En apprenant peu à peu son histoire, je me suis dit « Si elle peut faire ce genre de travail tout en ayant une vie aussi incroyable, alors moi aussi je le peux ». Elle m’a beaucoup influencé et m’a permis de me rendre compte de la réalité, d’apprendre à être créative et d’aider les animaux. C’est pourquoi Unbound est une grande plate-forme qui regroupe beaucoup de femmes très intéressantes qui essaient de changer le monde pour les animaux. Je me suis toujours demandé à quoi ressemblerait la cause animale si aucune femme n’y était impliquée. D’un point de vue historique, tout du moins en Europe et en Amérique du Nord, le mouvement animaliste compte entre 60 et 80% de femmes. Parfois, certains groupes de femmes se sont sentis obligé de choisir un homme pour diriger leur association afin de paraître plus légitime aux yeux du grand public, et afin d’éviter d’alimenter le cliché répandu qui dit que les personnes qui s’intéresse à la cause animale ne sont que des femmes hystériques et trop émotives. Autrefois, c’est ce que certaines associations pensaient être nécessaire pour être plus crédibles et ainsi être davantage reconnues.

 J’espère que cela a changé depuis!

J’espère aussi. Mais est-ce vraiment le cas? Je me le demande. Unbound aborde également ce sujet.

 Vous voyez-vous comme une photographe ou une activiste?

Pour moi, l’activisme est en première ligne et la photographie est un outil pour faire avancer les choses. Je me suis surprise en train d’utiliser le mot « activiste » moins souvent, donc je suis vu comme une photojournaliste. Cela change vraiment la vision qu’ont les gens de toi, lorsque tu te présentes en tant que « photojournaliste » et non en tant que « photojournaliste des droits des animaux ». Triste vérité!

Les photojournalistes travaillant sur la cause animale ne sont pas perçus comme sérieux au sein de la communauté de photographes. Comment cela peut-il s’expliquer, selon vous? 
C’est parce que les « droits des animaux » ont encore un long chemin à parcourir avant d’être sérieusement considérés par la population et par les médias. Nous sommes également souvent réticents) regarder la vérité en face, car nous sommes bien souvent directement impliqués dans la violence que je photographie. Nous ne voulons pas regarder ces images de fermes-usines car nous mangeons tous des cochons, des poules, des dindes et des vaches. Affronter directement cette cruauté reviendrait à nous rendre compte de notre propre complicité vis-à-vis de cette même cruauté. C’est d’ailleurs l’une des raisons pour laquelle il est grand temps de normaliser cet important travail, réalisé par des photographes professionnels.

 Vous avez eu l’occasion de travailler sur tous les types d’exploitation animale. Votre nouveau livre aura pour sujet les animaux en captivité – pourquoi ce thème en particulier?

Je suis en train d’écrire un livre intitulé « Captivity » pas parce que c’est le problème le plus pressant en ce moment, mais parce que le débat actuel à propos de l’éthique des zoos est devenu courant, et ce depuis, par exemple, le documentaire « Blackfish », depuis le meurtre du gorille Harambe aux États-Unis et l’abattage de Marius la girafe à Copenhague. Je profite donc de cette opportunité pour apporter ma pierre à l’édifice et au débat public au sujet des animaux en captivité.

 

Combien de zoos et d’aquariums avez-vous visité pour votre livre?

Je me suis renseigné au sujet des zoos et des aquariums pendant plus d’une décennie. Cette année, j’ai passé des mois a sillonné les routes d’Europe, à prendre des photos pour la « Born Free Foundation ». Mon livre parlera de la captivité animale dans plus de 20 pays différents. En tout et pour tout, j’ai dû me rendre dans plus de 50 ou 60 zoos et aquariums. C’est bien trop!

 

Que va devenir votre projet « We Animals »?

Grâce à un support financier, j’ai pu embauché du personnel, et le projet « We Animals » va grandir et est bien parti pour devenir une association. Cela me permet d’avoir plus de temps, que je peux désormais consacrer à d’autres projets comme prendre des photos, écrire et parler de mes engagements.

 

Quels sont vos autres projets?

Nous sommes en train de mettre en place un projet appelé « We Animals Archive », qui sera simplement une petite agence de photos à propos des droits des animaux. Le site internet « We Animals » contient déjà près de 1200 images, mais il en existe des milliers d’autres. La nouvelle archive que nous avons construite renferme plus de 5.000 images, étalées sur 15 ans de travail. Toutes ces images ne devraient pas être stockées ainsi à ne rien faire sur mes nombreux disques durs!

 

Vous travaillez depuis longtemps sur la cruauté animale à l’échelle mondiale. Quels changements avez-vous vu durant tout ce temps?

Eh bien, les choses s’améliorent et empirent à la fois. Il y a beaucoup plus de fermes-usines qui voient le jour dans les économies émergentes, comme en Chine ou en Inde. Mais d’un autre côté, le véganisme se répand dans de nombreux autres pays. Il reste encore beaucoup de travail à faire devant nous tous, mais je reste optimiste.

 

Quelle est votre perspective d’avenir pour les animaux?

Le mouvement animaliste est en train d’écrire l’Histoire en ce moment-même. Ce mouvement œuvrant pour les droits des animaux grandit chaque jour. Un activiste qui lutte en faveur de la cause animale n’est pas seulement une personne avec un t-shirt « végane » dans la rue. Il y a également au sein de ce mouvement des avocats, des philosophes, des réalisateurs de films, des scientifiques, etc. Et aussi des photographes.

 

 

Avez-vous remarqué des changements grâce à votre travail?

Oh, oui, tous les jours. Mes images sont utilisées à travers le monde entier. Elles touchent les gens. La photographe de guerre Lynsey Addario a dit: « Une fois que vous avez constaté les effets de votre propre travail, vous ne pouvez plus revenir en arrière. » Et c’est pourquoi elle continue de se rendre dans ces endroits déchirés par l’horreur et la guerre parce qu’elle sait que cela créé un changement, une véritable prise de conscience. Tout comme pour le travail sur les droits des animaux où la demande en images s’accroît davantage chaque jour. C’est pour cela que je continue de faire ce que je fais.