Véganisme : pourquoi et comment j’ai changé de stratégie de communication.

Dans cet article, je vais vous parler un petit peu de mon parcours de végane et de mon changement de stratégie de communication. Ceux qui m’ont connue avec mon premier blog savent que je suis passée par une période très sombre où, sur mes comptes Twitter et Facebook, les vidéos choc et gores défilaient les unes après les autres, et où j’aboyais sur tous les carnistes ainsi que sur les véganes qui ne partageaient pas mon point de vue. 

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J’ai commencé à militer sur les réseaux sociaux il y a de cela à peu près 18 mois, quelques semaines après avoir passé la porte du véganisme, lui-même précédé de 18 mois de végétarisme, de recherches bien plus portées sur la santé et l’environnement que sur l’injustice de l’exploitation animale. J’étais devenue végétarienne pour des questions de budget -pensant remanger de la viande une fois que j’aurais les moyens de m’en payer de la bio et locale- puis végétalienne principalement pour maggle : éviter de me chopper un cancer. Ce qui m’a fait passer la porte du véganisme, c’est ma première vidéo de L214. J’étais abasourdie par ce que je voyais. Je me disais que ça n’était pas possible, que c’était extrait d’un film. Je suis allée googler qui était L214, et j’ai pris une sacrée claque. Pendant plusieurs jours, je leur en ai voulu de m’avoir montré ça. J’étais mal et pour moi, c’était de leur faute. Puis je m’en suis voulu d’avoir participé à ce système, j’ai compris qu’ils ne faisaient que me donner une information que je n’avais pas, et que le seul moyen de ne plus me sentir mal était de ne plus y contribuer. Donc j’ai dit à mon ex-mari : « Je deviens végane » (et il m’a répondu : « moi aussi »).

Ça n’a pas été si compliqué. Cela faisait 3 ans que je ne mangeais plus de viande, très peu de poisson et 18 mois pendant lesquels j’avais considérablement réduit les oeufs (que j’achetais bio et plein air), je ne buvais plus de lait, ne mangeais plus de yaourts/crème que j’avais déjà remplacés par le soja/riz/avoine/noisette. J’avais juste un peu de mal à décrocher avec le fromage, coucou la casomorphine et les troubles du comportement alimentaires (les fameux TCA). Et donc, ayant un seul ami végane sur Facebook, j’ai débarqué sur Twitter.

Au début, c’était un mélange de soulagement et de joie. Je ne participais plus à ce système. Je découvrais de supers alternatives, de nouveaux aliments, je voyais que beaucoup de gens et associations se bougeaient pour faire changer les choses. Je suis passée de l’étoile (oui, à ce moment- la, c’était encore cette magnifique petite étoile et pas le coeur #Nostalgie #EtoileReviens) au retweet. Puis quand j’ai vu qu’on « étoilait » mes RT, je me suis mise à faire mes propres tweets. J’étais entrée, par ego et plaisir, dans la grande, belle et juste maison du militantisme. Et puis…

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Et puis un jour, un vent de folie me prend. Dans la barre de recherche, je tape « manger de la viande ». Je répond aux gens qui postent des photos de leurs MacDo et plateaux de fromage. Ils ne m’écoutent pas. Ils ne veulent pas devenir véganes. Je ne comprend pas. Pourquoi ne voient-ils pas l’injustice ? Et ceux qui la voient, pourquoi refusent-ils de changer ? Je découvre le cri de la carotte, le point Godwin, j’entend des excuses plus absurdes les une que les autres. Des excuses qui ne m’étaient pas venues à l’idée une seule seconde. Impossible de rester calme. 

Toutes les discussions partent en live. Toutes. Mais mon nombre de followers grandit, j’atteins presque les 1000, je ne vois pas de raison de remettre en question ma facon de communiquer. Tout ce que je vois, c’est qu’on me suit de plus en plus, que ce que je tweete plaît… ou pas.

Brigitte Gothière et Sébastien Arsac ont donc été les deux premières « personnalités » véganes que j’ai découvertes. Le troisième était Jihem Doe.  Jihem avait RT « Earthling 2 » de Res Turner, voilà comment j’ai découvert le gus. Je partageais sa colère, je me retrouvais dans chaque mot qu’il écrivait, même les plus durs, les plus offensants. 

Puis j’ai vu que non seulement mon nombre de followers n’augmentait plus… mais qu’il  diminuait. 

Quand on a de l’égo, et j’en avais un gros à ce moment-là, on peut soit s’offusquer soit se remettre en question, et en discutant sur Facebook avec une végépote, j’ai compris que certains (beaucoup) n’appréciaient pas ma violence verbale et mon agressivité. 

Mais il m’a fallu beaucoup de temps et pas mal de rechutes avant une véritable remise en question. Il y a bientôt un an, c’était au moment où j’allais à la rencontre IRL de Res Turner en concert, je tombe sur un article de Tobias Leenaert : VEGAN STRATEGIST / POURQUOI CHANGER NOS MODES DE PENSÉE EST SI COMPLIQUÉ. Et je comprends pourquoi je n’arrive à convaincre personne et perds des followers en masse. 

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J’ai passé quelques mois dans la confusion la plus totale, passant du coq à l’âne, testant la bienveillance et la patience puis revenant à la violence. Il y avait une chose que je n’avais pas encore comprise : on ne peut pas changer tout le monde. Certaines personnes ne veulent tout simplement pas. C’est un fait, c’est dur, c’est rageant mais c’est comme ca. Accepter ça, c’est faire le premier pas vers un autre mode de communication. On arrive bien plus à garder son calme quand on sait d’avance qu’il y a, aussi malheureux que ça soit, peu de chances qu’il y ait un résultat dans le bon sens. 

La deuxième chose, c’est se pardonner. Parce que si on ne le fait pas, on déverse sa colère sur les autres. Honnêtement, êtes-vous vous même plus apte à écouter quelqu’un de calme et en paix avec lui-même, ou une personne en colère, parfois au bord de crier/de vous insulter et qui fait ressortir de vous des sentiments de honte ou de culpabilité ?

En fait, il n’y a rien à se faire pardonner. On ne savait pas. Et qu’importe le temps qu’on a mis à devenir végane, on l’a fait. On ne peut pas changer le passé. Et pourtant on se sent tous coupables, tous en colère contre soi-même. Ce qu’il faut faire, c’est accepter le passé, accepter qu’on ait été manipulé, qu’on ait cru à ces mensonges. Oui, je sais, c’est difficile. Ça veut dire accepter qu’on ait été un gentil petit mouton comme les autres. Ça pique, hein ? Allez, une petite barre Vego et ça ira mieux. 😉 Et surtout, il ne faut pas oublier qu’on l’a été. Il FAUT s’en souvenir, se rappeler son égoïsme, son insensibilité, son spécisme. C’est important pour communiquer dans le calme et la bienveillance. Parce que si l’on oublie, on risque très vite de se sentir « meilleur » que les carnistes, de les prendre de haut en leur parlant. Et donc, ils ne nous écouteront pas. 

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En lisant « 3 amis en quête de sagesse » (rien à voir avec le véganisme en soi mais très intéressant) (oui parce qu’il n’y a pas que les livres sur les animaux et le véganisme dans la vie :P), j’ai vu que des discussions pouvaient avoir lieu dans la bienveillance. Ce livre m’avait beaucoup fait réfléchir et avait fait résonner des questions fondamentales pour moi. Est-ce qu’un carniste vaut moins que moi ? Est-ce que les autres vont m’écouter si je les agresse ? Pourquoi les gens ne veulent-ils pas changer ? Et je me suis rappelé l’article de Tobias et les 3 points fondamentaux : 

  • Changer d’avis concernant quelque chose est difficile,
  • Nous n’aimons pas quand quelqu’un d’autre nous fait changer d’avis,
  • Nous n’aimons pas admettre que nous avons changé d’avis, et surtout pas que c’est quelqu’un d’autre qui nous a fait changer d’avis.

Mais alors, que faire ? La cause animale est importante pour moi, comment faire réfléchir les gens ? Comment les amener à prendre la bonne décision ? Il y a quelques semaines, je discutais avec mon végépote Vgarou, qui me disait que je faisais deux erreurs : répondre à un argument par un autre plutôt que de démontrer que l’argument ne tient pas la route, et prendre les gens par les sentiments. 

Je pense qu’il a raison et que stratégiquement, il faut éviter de faire ça. L’interlocuteur se sent mal et vous rejette la faute. Vous devenez son ennemi et il ne veut plus vous écouter. Vous lui donnez le sentiment que c’est contre lui-même qu’il va devoir se battre, que c’est lui le mauvais dans l’histoire, alors que vous savez aussi bien que moi que le carniste n’est tout simplement pas informé, il est la victime. Donnez-lui plutôt des faits, des informations. Ça peut être par votre intermédiaire ou des livres, des films, des articles scientifiques. L’ennemi sera alors l’injustice et là, il y a quelque chose qu’il aura envie de combattre. Il aura pris une décision en fonction de ces informations, ça aura été un choix qui vient de lui. Cette stratégie s’est montrée tres efficace à de nombreuses reprises. 

J’aime beaucoup ce qu’a dit Guillaume Corpard dans une vidéo de IamVeganTV :  «Les véganes n’ont pas l’exclusivité de la bienveillance. ll y a des gens qui mangent de la viande et sont plein d’amour pour les autres. Ce qui m’intéresse en conférence, c’est de donner des faits. Quand on estime que l’autre est largement aussi capable d’exprimer ce qu’il y a dans son coeur que soi, ça se passe en général tres bien » 

Ou Mathieu Ricard : « Le sourire, c’est la porte du cœur qui s’ouvre à l’autre. »,  et « Évitez de même tout acte nuisible, même le plus insignifiant. Telle l’étincelle minuscule qui, en présence de vent, peut consumer en un instant un énorme tas d’herbes sèches, un simple accès de violente colère peut détruire une montagne de mérites. Rejetez comme du poison toute conduite néfaste en comprenant qu’elle est cause de toutes nos souffrances, et transformez également les actes neutres en actes positifs. »

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Revenons quelques secondes sur la colère. J’avais peur de la lâcher. Je croyais que ma colère était mon moteur pour le militantisme, mais j’avais tort. Le moteur, c’est l’injustice que subissent les animaux. J’ai écrit sur Facebook il y a quelques jours : « Vous débarrasser de votre colère ne vous fera pas perdre votre niaque. Vous ne vous lèverez pas en vous disant oh, je n’ai plus envie d’être activiste. Non, vous vous lèverez serein et en paix. Quel plus beau cadeau pouvez-vous faire aux animaux que de les défendre sans violence d’aucune sorte ? » 

Et vous savez, quand on commence à avoir de meilleurs résultats, eh bien… on a encore plus la niaque, au final. 🙂 »

Alors, je ne suis pas en train de dire que si on devient végane en voyant des vidéos choquantes, on va sombrer du coté obscur et se changer en Gremlin. Bien sûr que non. Ça serait comme dire que les jeux vidéos rendent violents, c’est absurde. Mais derrière ces vidéos plus qu’importantes pour dévoiler la vérité, il faut que chacun puisse trouver un moyen de ne pas/plus être en colère contre soi-même et contre les autres. Il faut prendre son mal en patience, se rappeler qui on a été, garder en tête que nous n’apprécierions pas nous même d’être/de se sentir agressé d’une manière ou d’une autre. Et surtout, surtout : que la bienveillance doublée d’informations, ça paye !

Nombre d’entre vous qui ont fait le même chemin que moi (ou pas, si vous avez été de suite dans la bienveillance, bravo!) n’aiment pas les véganes agressifs. Je ne pense pas qu’il faille les combattre ou leur faire la morale, il faut plutôt essayer de comprendre leurs sentiments et les aider à aller vers quelque chose de plus positif. 

Pour finir, combien sommes-nous à essayer de les calmer ? Autant les faire entrer en véganie avec la bienveillance, sans qu’ils se sentent coupables ou en colère, avec en main de bons outils de communication. Je dis souvent à mes enfants que s’ils ne veulent pas ranger leur chambre… il ne faut pas y mettre du bazar. 😉 

Des kiss et du love sur vous, 

Noita

P.S. : Merci aux petites mains dans l’ombre pour la correction @Bwitch ❤ 

 

 

 

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8 commentaires sur « Véganisme : pourquoi et comment j’ai changé de stratégie de communication. »

  1. Ton article est vraiment superbe à tous les sens du terme. Il est très juste mais c’est aussi assez courageux je trouve, de faire ce retour sur ton parcours ! Récemment j’ai eu ce type de discussion sur la communication, mais ça portait sur l’argumentation sceptique (quand on est face à des tenants de croyances irrationnelles, de superstitions etc). Y’avait des aspects différents, par exemple la colère est moins présente à la base je pense (quoique chez certains…). Mais je crois que c’est fondamentalement les mêmes conclusions concernant la communication. Le plus dur, c’est toujours de déceler quand ce n’est pas le bon moment pour intervenir (très dur ^^)

    Aimé par 1 personne

    1. Merci 🙂
      C’est jamais facile de se remettre en question, c’st admettre qu’on a fait un peu fausse route. Mais une fois que cest fait on se sent mieux. Et quand on a l’habitude de le faire, ca ne pique meme plus 😉

      Aimé par 1 personne

  2. C’est ‘marrant’ car j’ai l’impression que toute transition vers le véganisme passe par la colère. Prendre conscience de la maltraitance animale (tous genre confondus) entraîne une colère monstre que l’on a envie de déverser sur les autres pour les secouer et qu’eux aussi prennent conscience des choses abominables qui se trament par la consommation de produits animaux.
    Pourtant on se heurte à des réactions contraires à celles attendues et notre colère laisse place à de la tristesse puis au calme. On doit en effet faire un énorme travail sur nous-même et c’est dur. Mais on en revient calme et plus bienveillant. Car sensibiliser est mieux que militer, discuter mieux qu’attaquer et partager mieux que de diviser. Je suis bien d’accord avec ce que tu partages sur cet article.
    Bonne soirée, bises
    Camille

    J'aime

  3. Merci pour ton article très complet qui fera avancer la communication entre les végans et les non-végans.
    J’ai 57 ans, végane depuis 10 ans. Quand je suis devenue végane, ma vie a changé, je ne faisais plus souffrir les animaux, une grosse prise de conscience pour moi, mais au fil des années, j’ai ressenti un mal être, un problème de communication avec les autres, avec toute la planète lol!
    Je me suis intéressée à la méditation, aux livres de Christophe André et de Matthieu Ricard. Je me suis vite aperçue qu’il aurait fallu que je commence à suivre les pensées « bouddhistes » afin d’avoir une base de vie saine pour affronter plus sereinement ma vie végane.
    Aujourd’hui je me sens beaucoup mieux.
    Je me retrouve beaucoup dans ce que tu as écrit, cela a été une joie de te lire.

    Aimé par 1 personne

  4. Noita, je t’envoie moult love. Et je te remercie. Je pense que cet article était précisément ce que j’avais besoin de lire en ce moment, où je me sens un peu perdue dans mon véganisme, pas assez engagée, pas assez vindicative. J’ai l’impression de me rouler dans la complaisance culinaire en me dédouanant à la  » Mais siiii, je milite passivement, je partage de la bouffe et les gens trouvent ça bon ». Il y a des jours où je me dis que ça ne va pas assez vite. Où j’ai envie d’être en colère. De pousser les gens à bouger plus. Et puis je tombe sur des articles comme le tiens, et je me dis que ce n’est pas facile, mais qu’on peut y arriver. Sans hargne, sans violence, même si parfois ça défoulerait. La pédagogie c’est long, ça prend du temps, c’est usant. Mais c’est efficace.

    Aimé par 1 personne

  5. Merci pour ce billet. Tu as très bien exprimé toutes ces notions de colère, de sentiment d’injustice, puis la remise en question au niveau communication/stratégie… je crois que c’est en s’ouvrant et en faisant le lien même avec des gens avec qui on est en désaccord qu’on peut combler le vide et avoir un impact bénéfique. Et ça c’est bien plus important que d’avoir le sentiment d’avoir raison ou d’avoir eu le dernier mot dans une conversation.
    #TeamVeganStrategist moi aussi

    Aimé par 1 personne

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